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Avant d’en venir à la formation des ingénieurs, je dois encore rappeler un fait qui dominera l’enseignement supérieur belge pendant tout le XIXème siècle, et qui n’a même pas encore cessé ses effets
aujourd’hui. L’enseignement supérieur était organisé en deux cycles seulement : la candidature et le doctorat. Le grade décerné à l’issue des études universitaires était celui de « docteur » (en droit, en
médecine ... ) [5].

Dès la période hollandaise, à Gand et à Liège, des cours de sciences appliquées sont organisés. Ainsi par exemple, en 1825, l’université de Liège ouvre une chaire d’exploitation des mines et une chaire
d’économie forestière. Ce sera l’origine des Ecoles belges d’ingénieurs.

* * * *

Après la Révolution belge, dans les années 1830, les ingénieurs militaires sont formés à l’Ecole militaire à Bruxelles (fondée en 1834) et les ingénieurs civils à Gand et à Liège. A la Faculté des
Sciences
de Gand était annexée une Ecole de Génie civil, alors que de l’université de Liège dépendait une Ecole des arts et manufactures et des mines.


Fig. 2. - Fac-similé de la couverture (14 X 22 cm) de la première livraison du Bulletin de l’Association des Ingénieurs de l’Institut Montefiore.

En 1836, la province du Hainaut fonde, à Mons, une Ecole des mines et de métallurgie, qui formera des ingénieurs des mines.

En 1838, les Ecoles de Gand et de Liège sont scindées. A Gand, il y a désormais l’Ecole spéciale du génie civil et l’Ecole spéciale des arts et manufactures ; à Liège, l’Ecole spéciale des mines et l’Ecole
spéciale des arts et manufactures [6].

Les ingénieurs de ces quatre Ecoles dépendant d’universités de l’Etat (hormis donc l’Ecole de Mons) trouvaient des débouchés dans l’administration de l’Etat, formant notamment le Corps des Ponts et
Chaussées (dont les membres étaient évidemment tous diplômés de Gand) et le Corps des Mines (dont les membres étaient diplômés de Liège). Jusqu’en 1890, les emplois d’ingénieurs à l’Etat seront
réservés aux diplômés de deux Ecoles, dont la localisation géographique ne sera pas dénuée d’effets sur l’évolution économique et industrielle du pays.

Le Corps des Mines et le Corps des Ponts et Chaussées (dont les origines remontent à la période napoléonienne) reçurent leur règlement organique dès la constitution du royaume, en août 1831. Le
premier cadre du corps des Ponts et Chaussées, rattaché au ministère de l’Intérieur, comprenait un inspecteur général, un inspecteur, dix ingénieurs en chef, vingt ingénieurs, dix sous-ingénieurs et
quatre-vingt conducteurs. Les membres du corps étaient tenus de porter un uniforme (tenue de service ou tenue de cérémonie).

L’histoire de ces corps, et spécialement du corps des Ponts et Chaussées qui a maintenu ses traditions jusqu’au sein de l’actuel ministère des Travaux publics, mériterait une étude attentive (voir Van den Bossche, 1982).

[1Le présent texte reprend, avec quelques modifications, le contenu d’une conférence donnée le 20 février 1984 aux étudiants d’ingéniorat (3ème et 4ème années) de l’ISIB, Institut Supérieur Industriel de l’Etat à Bruxelles, dans le cadre des « Conférences de l’AIIBr ».
L’auteur remercie ceux de ses confrères qui ont bien voulu enrichir la discussion qui a suivi l’exposé en faisant part à l’auditoire du fruit de leurs réflexions et de leur expérience professionnelle. Parmi ceux-ci, il tient à citer tout spécialement MM. Jacques Dewez, président de l’UFI (Union francophone des Ingénieurs industriels et Ingénieurs techniciens de Belgique). Jacques Dupont, secrétaire général de l’UFI, et Paul Fontaine, président général de l’AIIBr.

[2Il convient de signaler ici les travaux du Centre européen pour l’enseignement supérieur (CEPES, 1981).

[3Voir note 1.

[4L’hypocrisie, on le sait, est la grande vertu bourgeoise.

[5Cette question est très intéressante pour l’histoire des sciences en Belgique ; il serait utile d’étudier les rapports entre la réforme du doctorat en sciences et la création des structures importantes pour l’organisation de la recherche scientifique : Fondation universitaire (1920), Fonds national de la recherche scientifique (1928), Fondation Francqui (1932). Par ailleurs, cette question purement historique peut alimenter la problématique de la création d’un doctorat en sciences industrielles pour
ingénieurs (voir AIIBr, 1981, p. 32, Rev. Ing. Belg., 1980 : 2, p. 73) .

[6L’Ecole Centrale des arts et manufactures de Paris fut créée en 1829, Mortimer d’Ocagne, qui fit paraître en 1887 un ouvrage important sur les Ecoles françaises, dira notamment :
«  On a cherché à établir un parallèle entre l’Ecole Centrale et l’Ecole Polytechnique. Leurs conditions ne sont pas les mêmes ( .. .) A l’Ecole Polytechnique, on fait de la théorie transcendante ; à l’Ecole Centrale, on fait de la théorie et de l’application. Enfin, point capital ( .. .) l’Ecole Centrale livre un ingénieur en trois années ; il en faut cinq à l’Ecole Polytechnique ( .. .). C’est une sorte d’axiome aujourd’hui reçu, qu’à l’Ecole Centrale l’entrée est plus facile qu’à l’Ecole Polytechnique, mais qu’en revanche la sortie est plus difficile ».

[7Pierre Thuillier (1982) a fort bien analysé cette « institutionnalisation » et ces « cloisonnements » dans un livre dont l’intérêt n’est pas qu’historique ; nous nous permettons de renvoyer le lecteur à notre compte rendu (Baudet, 1983) ; voir aussi van Welsenaer, 1983.

[8On trouvera la liste de ces 19 Ecoles dans Rev. Ing. Belg. 5(3) : 53. Le tableau publié par cette revue est entaché d’une erreur : l’Université libre de Bruxelles forme des ingénieurs agronomes dans sa Faculté des Sciences, et non dans une Faculté des Sciences agronomiques. Le plupart de ces Ecoles (ainsi d’ailleurs que certaines Ecoles flamandes) font l’objet d’une notice dans SEFI, 1983.

[9Les ingénieurs-conseils sont fort peu nombreux en Belgique. Ils sont membres soit de la CICB (Chambre royale des Ingénieurs-conseils de Belgique), soit de l’ABIC (Association royale belge des Ingénieurs-conseils).

[10Technologiste, voire même techno-logicien, ne sont pas mal non plus.

[11Pas seulement la rationalité technique, conduisant à la technocratie naïve. C’est la rationalité « écolo-technico-socio-financière » qui est visée, puisque toute action industrielle (c’est-à-dire de production) implique le quadruple apport des ressources naturelles, du savoir, du travail et du capital.

[12L’expertise judiciaire, au cours de laquelle l’« intervention » a une portée juridique particulière, est étudiée par Muller (1982).

[13L’étude des groupes de pression en Belgique est passionnante mais extrêmement vaste, son champ dépassant considérablement celui, pourtant déjà étendu, de l’histoire de la science, de la technologie et de l’industrie. L’ouvrage de Claeys (1973), qui fait figure de classique, ne traite que du patronat et des syndicats.

[14Rev.Inform. FABI n°1 (1937), p. 13.

[15L’UNIT a fêté son cinquantenaire le 18 novembre 1983 à Bruxelles, en présence du Roi Baudouin et de plusieurs Membres du Gouvernement (Rev. Ing. Belg. 5(4) : 67-68).

[16 Voir note 1.



















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