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L’histoire de cette firme est un exemple parmi d’autres de ces
nombreuses entreprises artisanales de construction d’outils agricoles
que l’on rencontrait un peu partout dans les villages au XIXème siècle.
Certains artisans, plus ingénieux que d’autres, réussissaient à fonder
des entreprises prospères de fabrication de machines agricoles auxquelles ils apportaient des perfectionnements de leur invention.

Ce fut cependant aux Etats-Unis d’Amérique que l’impulsion la
plus décisive fut donnée au processus de mécanisation des travaux
agricoles. Parmi les facteurs qui ont contribué à cet essor considérable,
on peut certainement citer en premier lieu l’abondance de bonnes terres.
Cette abondance a eu pour conséquences le fait que les terres arables
étaient moins coûteuses que la main-d’œuvre. Ainsi toute invention permettant de cultiver une surface supérieure avec la même quantité de
main-d’œuvre fut bien accueillie. Cette situation se matérialisa d’une
manière particulièrement favorable au cours de la colonisation du « Middle West » pendant la première moitié du XIXème siècle. De vastes et
riches terres s’ouvraient aux conquérants européens, un important marché se développait pour les inventeurs et les constructeurs de machines
agricoles. C’est dans un tel contexte que le nom de Mac Cormick acquit
une renommée qui devint rapidement universelle. En 1809, Robert Mac
Cormick expérimente déjà une moissonneuse ; ce fut cependant Cyrus,
son fils, qui en 1831 fit une première démonstration publique d’une moissonneuse mécanique tirée par des chevaux. Ayant rapidement compris
l’intérêt d’implanter une fabrique de machines à proximité immédiate des
utilisateurs potentiels, Cyrus Mc Cormick installa, dès 1847, une usine
à Chicago. Grâce à cette heureuse initiative, la firme Mc Cormick occupa
rapidement une position dominante. En l’année 1851, son usine produisait déjà 1.000 moissonneuses. Cette même année il vint personnellement à Londres pour y présenter sa moissonneuse à l’Exposition Internationale. Il y remporta d’emblée un succès considérable qui s’étendit
rapidement à toute l’Europe. L’élément le plus original dans cette invention réside dans la mise au point de la scie ou barre de coupe, dont le
mouvement est actionné par la roue porteuse de la machine.

Jusqu’au siècle dernier, la traction animale et celle de l’homme
étaient les seules formes d’énergie utilisées en agriculture. Ce n’est
qu’au XIXème siècle que la machine à vapeur fit son apparition dans les
fermes et dans les champs. La locomobile fut principalement utilisée
pour animer le mécanisme des batteuses. Son poids était beaucoup trop
considérable pour l’utiliser sur les champs. L’utilisation du tracteur à
moteur à explosion (inventé à la fin du XIXème siècle) se répandit progressivement entre les deux guerres pour remplacer la traction animale.
En 1920, on dénombre 200 tracteurs agricoles en Belgique. Ce n’est que
vers 1950 que l’emploi des tracteurs et des moissonneuses-batteuses se généralise. Parallèlement, l’usage croissant des moteurs électriques
assure l’expansion des applications agricoles (frigos, turbines à lait,
etc...).

Désormais, l’économie rurale se transformera de manière irréversible en une agriculture d’entreprise, motivée par le profit, appuyée
sur la recherche scientifique. L’augmentation du capital nécessaire à
l’établissement d’une ferme élimina bon nombre de petits exploitants,
les agriculteurs devinrent plus dépendants des banques et des distributeurs de machines agricoles. Une nouvelle approche de la productivité
en agriculture caractérise également le XXème siècle. Le recours systématique à la sélection de nouveaux cultivars génétiquement contrôlés,
l’utilisation raisonnée d’engrais, les techniques de conservation du sol,
les traitements plus efficaces des insectes et des maladies, l’utilisation
de désherbants et de défoliants chimiques modifient également dans
des proportions considérables les données de l’agriculture moderne,
ces pratiques sont également génératrices d’appareils nouveaux.


Le projet d’écomusée qui est en cours de réalisation à Treignes [2]
a pour but de conserver les témoins de ces transformations du
monde rural.

Il s’agit de recueillir le maximum de témoignages sur les étapes
qui ont jalonné cette évolution, de rechercher les témoins privilégiés qui
ont vécu cette évolution de manière à préserver le mode d’emploi de ces
outils et de pouvoir mieux mesurer les causes qui en ont provoqué
l’acquisition. Le projet ne se contente donc pas de recueillir des machines et des outils agricoles mais de réaliser progressivement un centre
de documentation comprenant des archives sonores d’enregistrements
de souvenirs d’agriculteurs, des archives iconographiques constituées
par des reproductions de photographies anciennes relatives à la vie aux
champs, d’anciens catalogues de firmes et de toute autre forme de
documentation se rapportant au sujet.

[1 Communication présentée le 5 décembre 1980 au Colloque Histoire des Sciences dans
l’Ancien Pays de Liège, Hommage à Marcel Florkin
, organisé au château de Colonster par
MM. Pierre Laszlo et Robert Halleux de l’Université de Liège.

[2 Toute collaboration sous la forme de recherches d’anciennes machines et de documents
s’y rapportant sera la mieux venue. S’adresser au Centre d’Histoire et de Technologie rurales, 77, rue de la Gare, 6390 Treignes, Tél. 060/399624.



















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