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Pendant plusieurs années il remplace la politique des brevets
par celle des notes à l’Académie. Il s’agit de trouver des clients ; les brevets ne donnent pas lieu à publication. Les notes paraissent dans les
Comptes rendus des séances, et les auteurs reçoivent des tirés à part.
Elles ont l’avantage d’être clairement rédigées et de ne laisser aucune
ambiguïté sur les propriétés revendiquées par l’auteur. La rédaction des
brevets était telle qu’un concurrent aurait pu couvrir par d’autres brevets
des inventions à peu près identiques dans un vocabulaire différent qui
lui aurait permis de substituer ses droits à ceux de Gramme. Nous
l’avons dit : si une émulation commençait à se développer pour la réalisation des dynamos, celles-ci restaient encore au point de vue industriel un sujet d’intérêt secondaire. Mais Gramme eut surtout la chance
d’avoir affaire, dans toute sa période de création, à des personnes honnêtes qui n’ont pas été tentées de tourner à leur profit des textes imprécis.

Fig. 6. - La dynamo de Wilde, 1864.

Les notes n’ont pas été nombreuses, trois seulement après
celle de juillet 71, et Gramme avait tout dit. Elles se suivent de décembre
1872, novembre 1874 à juin 1877. La première des trois n’apporte rien
de nouveau ; il s’agit des machines « magnétoélectriques » appliquées à
la galvanoplastie et à la production de la lumière. Il s’agit donc encore
d’inducteurs à aimant permanent. La possibilité d’établir un nombre quelconque de pôles est la chose la plus saillante de mon invention. C’est elle
qui permettra de produire, avec une seule machine, une série de courants
distincts, et de fractionner par exemple la lumière électrique
. C’est en effet
l’avantage réel de sa machine sur celles de l’Alliance par exemple. Les
lampes à arc, pour l’éclairage public et les chantiers, étaient montées en
série ; lorsqu’il fallait changer les charbons de l’une d’elles toute la ligne
était interrompue. L’avantage de tirer plusieurs lignes de la même
machine, en quantité disait-on alors, était de limiter les interruptions
générales d’éclairage. La note décrit ensuite la machine à galvanoplastie en service depuis quatre mois chez Christofle, dont l’activité industrielle ne semble pas avoir été interrompue par la Commune. Cette
machine est équipée de deux électroaimants tournant, l’inducteur est
également formé de deux électroaimants horizontaux « à pôles conséquents ». Gramme donne le détail de ses calculs pour répondre aux
besoins de l’orfèvre pour l’argenture. Il dresse un tableau comparatif des
résultats obtenus avec sa machine et avec une machine de Wilde, bien
connue depuis 1864. Puis il décrit une « machine à lumière » qui doit
fonctionner à une tension plus élevée que celle pour la galvanoplastie.
Pour cela il a trois électroaimants fixes et trois bobines en électroaimants tournant « à pôles conséquents ». Une des bobines développe le
magnétisme dans les électroaimants fixes (inducteur), les deux autres
fournissent le courant qui produit la lumière. La machine est donc équipée de plusieurs anneaux. C’est cette machine qui a été providentiellement mise en marche par l’électricité terrestre. Il en donne les performances.

On voit qu’il en est encore à des systèmes relativement compliqués en ce qui concerne le rotor.

Fig. 7. - La machine de Gramme à 4 pôles pour l’orfèvrerie de Christofle, 1872.

Ces complications ont disparu deux ans plus tard d’après sa
note à l’Académie du 23 novembre 1874. D’abord il énumère les machines
qui ont été construites depuis sa précédente communication ; elles
semblent être toutes sorties des ateliers Breguet. Les machines à
lumière comme celle à galvanoplastie ne possèdent plus qu’un seul
anneau. La bobine excitatrice de l’inducteur étant supprimée, celui-ci
est alimenté par un montage en série sur le circuit extérieur. Gramme ne
paraît pas avoir encore pensé au couplage en dérivation que d’autres
constructeurs utilisent déjà, semble-t-il. Il relate une bien curieuse
observation dont il ne donne aucune explication ; les effets observés ne
sont pas très clairement expliqués avec l’excitation en série : Lorsque
les machines sont en mouvement et le circuit fermé sur les bains métalliques les pôles restent les mêmes pendant tout le temps de la marche ; mais
dès qu’un arrêt se produit, par une cause accidentelle ou volontaire, les
pôles changent de nom
(c’est-à-dire de sens) de telle sorte que si l’on
remettait en marche sans rien changer aux conducteurs, on ferait un travail
inverse
(désargenture des objets déjà argentés) ... Pour obvier à cet
inconvénient, j’ai imaginé de faire couper le courant automatiquement,
j’évite ainsi les courants secondaires qui seuls occasionnent les changements de pôles
. Il ne donne aucune explication sur son système de coupure automatique.

La machine à lumière est devenue elle aussi du même type que
la précédente. C’est le modèle classique représenté jusqu’à nos jours
dans les traités de physique. Gramme rapporte des observations sur les
intensités d’éclairage évaluées en carcels suivant la vitesse de rotation
de l’induit et fait des comparaisons avec une machine de l’Alliance.

Avec la description du modèle de la « machine d’usine » la dernière partie de sa note est fort intéressante à plusieurs points de vue.
D’abord il ne fait aucune allusion au fait que l’année précédente Hippolyte Fontaine a donné à l’exposition de Vienne la démonstration de la
réversibilité de la dynamo. C’est un trait qui mériterait d’être commenté.
Est-ce qu’il ne croit pas à ce résultat ? Est-il déjà en froid avec Fontaine ? Le fait était assez important pour être signalé officiellement à
l’Académie.

[1 Communication présentée le 5 décembre 1980 au Colloque Histoire des Sciences dans
l’Ancien Pays de Liège, Hommage à Marcel Florkin
, organisé au château de Colonster par
MM. Pierre Laszlo et Robert Halleux de l’Université de Liège.

[2 Toute collaboration sous la forme de recherches d’anciennes machines et de documents
s’y rapportant sera la mieux venue. S’adresser au Centre d’Histoire et de Technologie rurales, 77, rue de la Gare, 6390 Treignes, Tél. 060/399624.



















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