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Si Breguet a été l’introducteur à l’Académie, Hippolyte Fontaine
a certainement été l’intermédiaire avec Charles d’Ivernois. Fontaine, qui
approchait de la quarantaine, était un ingénieur de l’Ecole des Arts et
Métiers de Châlon, et non un ancien menuisier comme l’écrit Pelseneer
mais fils de menuisier. Le détail est important parce que l’on décrit toujours Gramme dans son isolement même au début de son époque industrielle. Or, dès 1872, Gramme eut un collaborateur si fidèle, Emile
Javaux, qu’il lui succéda à la direction de la société lorsque Gramme se
retira en 1894. Javaux devait certainement posséder des qualités et des
connaissances assez élevées qui lui permirent d’assurer cette succession. Mais peut-être a-t-il acquis son savoir en cours de carrière. Il serait
très utile de pouvoir étudier la carrière et la personnalité de Javaux. On
sait aussi que deux autres ouvriers ont travaillé sous la direction de
Gramme dès les débuts de l’entreprise.

Pour ce démarrage il serait intéressant de disposer d’informations plus détaillées sur les relations de Gramme et de Fontaine. On a
écrit que ce dernier eut la chance de se spécialiser dans l’électricité
grâce à sa rencontre avec Gramme et de pouvoir faire ainsi une brillante
carrière. On peut se demander si les faits ne furent pas à l’inverse de ce
qu’ont écrit les panégyristes de Gramme. Non pas que celui-ci acquit
des notions d’électricité de Fontaine ; s’il ignorait les théories dont il
s’est toujours passé, il était déjà le réalisateur le plus avancé dans la
pratique et n’avait certainement aucun conseil à recevoir de quiconque
pour la conception et la construction de dynamos. Mais Fontaine était
un homme actif, curieux de tout et entreprenant. Il écrivait régulièrement
des chroniques dans le Bulletin des anciens élèves de l’Ecole alors très
lu. Il avait recueilli et édité avec des condisciples le cours de mécanique
d’un des professeurs de l’Ecole ; il avait publié une étude sur l’exposition
universelle de 1867. Pendant un certain temps il fut ingénieur des chemins de fer du Nord. Mais il paraissait toujours disponible pour quelque
activité. Plus tard il devait être chargé de la préparation d’autres expositions importantes.

Il y a tout lieu de penser que c’est lui qui suggéra à d’Ivernois
de commanditer Gramme. On ne peut savoir quand fut fondée la première société dont Hippolyte Fontaine devint sinon le directeur, tout au
moins le collaborateur le plus actif, gérant ou agent de relations publiques. On a parlé de l’hiver 70-71. Mais Gramme n’était pas à Paris pendant le siège. Il s’agit probablement de l’hiver suivant. En effet une addition au brevet 87 938 de 1869 a été déposée le 27 février 1872 et enregistrée au mois de mai suivant au nom de la Société d’Ivernois et
Gramme. Elle contient quelques détails complémentaires de construction et décrit les balais « composés d’un faisceau de fils métalliques ».
La planche qui accompagne le document est signée d’Ivernois et
Gramme. Comme pour les précédentes, les signatures ne sont qu’un
acte d’authentification. Toutes les planches des brevets depuis l’origine,
nous l’avons vu, ont été redessinées par des professionnels du dessin
industriel.

Pelseneer fait état d’une note de Gramme à Ernest Bazin, un
ingénieur pour lequel il avait travaillé pendant quelques mois, datée du
1er août 1870, dans laquelle il se plaint d’un bailleur de fonds qui se fait
tirer l’oreille. Mais la déclaration de guerre de la France à la Prusse est
du 18 juillet, et on comprend les hésitations de ce financier. Rien ne dit
d’ailleurs qu’il s’agissait de Charles d’Ivernois dont le nom n’apparaît
pas sur un certificat d’une nouvelle addition au brevet 87 938 déposée
le 11 avril 1870, enregistrée en juin. A ce propos il faut noter que nous
ne savons rien non plus des relations de Gramme avec Ernest Bazin.
C’est peut-être une lacune importante. Il a travaillé pour lui de 1864 à
1866 en particulier pour l’éclairage électrique des ardoisières d’Angers,
puis à Lorient. Pelseneer cite cet intermède comme un fait secondaire.
Mais c’est une période importante dans les travaux personnels de
Gramme. Les relations entre les deux hommes ont duré au moins
jusqu’en 1870 et peut-être Bazin avait-il cherché, avant la guerre, à
créer une société d’exploitation des machines Gramme.

Pour en revenir à d’Ivernois, il serait intéressant de savoir
jusqu’à quand l’association a duré. En 1877 encore, le brevet 120 649
est pris au nom de la même société. Je n’ai pas poursuivi mes recherches plus loin pour les besoins de la présente communication. Pendant
toute cette période, d’Ivernois, comme Gramme, touche une partie des
royalties venant des licences que Fontaine a placées à l’étranger et de
celles des constructeurs français, Louis Breguet, Sautter, Lemonier,
Mignon et Rouart. Toujours domicilié rue Popincourt, il semble que
Gramme n’ait disposé d’atelier de fabrication que vers la fin des années
1870.

[1 Communication présentée le 5 décembre 1980 au Colloque Histoire des Sciences dans
l’Ancien Pays de Liège, Hommage à Marcel Florkin
, organisé au château de Colonster par
MM. Pierre Laszlo et Robert Halleux de l’Université de Liège.

[2 Toute collaboration sous la forme de recherches d’anciennes machines et de documents
s’y rapportant sera la mieux venue. S’adresser au Centre d’Histoire et de Technologie rurales, 77, rue de la Gare, 6390 Treignes, Tél. 060/399624.



















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