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Le Taqwim al-sihha est un traité de diététique et d’hygiène présenté sous forme de tables synoptiques. Chacune de ces tables occupe
deux folios en vis-à-vis. Le traité comprend, outre l’introduction et la
conclusion, 40 tables ; celles-ci sont divisées en 7 bandes horizontales
consacrées chacune à un sujet différent ; elles comportent 15 colonnes
de largeur variable surmontées d’un titre qui indique leur contenu. Les
40 tables contiennent donc 280 articles. Les colonnes sont respectivement consacrées aux sujets suivants :

1. le numéro d’ordre.
2. le nom du sujet traité.
3. sa nature, déterminée en fonction des quatre qualités.
4. son degré, c’est-à-dire le taux que l’article atteint dans les qualités
qui font sa nature.
5. sa meilleure variété.
6, 7. son utilité et sa nocivité. Toutes deux sont définies soit en fonction
de l’état de santé de l’individu, de ses faiblesses éventuelles, de
son tempérament, soit en fonction d’un organe précis, soit en
fonction de circonstances extérieures.
8. le moyen de neutraliser la nocivité.
9. l’effet résultant de l’article.
10, 11, 12, 13. son utilité en fonction du tempérament, de l’âge de celui
qui fait usage de l’article ; de la saison et du pays qui conviennent
à cet usage.
14. Les autorités citées par Ibn Butlãn.
15. Les choix. Dans cette colonne Ibn Butlãn donne son opinion et celle des autorités au sujet de ce qu’il traite.

Sur 40 tables, plus de la moitié (28) est consacrée à l’alimentation sous différentes formes. Ibn Butlãn analyse successivement les fruits (I à IV) ; les grains et le pain (V à VII) ; les légumes (VIII à XI) ; le lait, les produits laitiers et les œufs (XII et XIII) ; la viande
y compris le gibier, la volaille et les abats (XIV à XVI, XVIII et XIX) ; le poisson (XVII) ; les plats cuisinés (de XX à XXIV) ; les pâtisseries (XXV) ; les eaux (XXVII) ; les variétés de vin (XXVIII) et les akènes (XXX).

Les 12 tables restantes envisagent différents aspects de
l’hygiène. Les soins du corps sont scrupuleusement analysés : produits
de soin (XXVI) ; bain et épilation (XXXV) ; soins des dents (XXXIII, art .
229) et des ongles (XXXVI, art. 252, col. 15) ; massages (XXXVI, art. 247
et 248). On considère la position physique de l’individu : sommeil et
veille (XXXII, art. 221 et 224) ; mouvement, repos et sports (XXXIV) ; et
son état psychique (XXXI, art. 214-216) ; les forces qui régissent son
organisme : expulsion et rétention (XXXIII, art. 225 et 226). Trois articles
sont consacrés aux effets de la musique (XXXI, art. 211, 212 et 213).

Les commodités et l’environnement aussi sont passés au crible : odoriférants (XXXIV) ; parfums et aromates (XXXVII) ; vêtements
(XXXVI, art. 250 et 251) ; appartements d’été et d’hiver (XXXVIII, art. 265
et 266) ; vents, saisons et pays (XXXIX et XL).

C’est donc un tour d’horizon remarquablement complet de
tous les aspects que peut prendre le problème de la conservation et de
la restauration de la santé envisagé dans la double optique du régime et
de l’hygiène.

Au-dessus et au-dessous des 15 colonnes se trouvent quelques lignes en texte suivi qui occupent toute la largeur des deux folios.
Ces textes - que, avec Ibn Butlãn, nous appelons « canons » - se rattachent plus ou moins étroitement au sujet de la table. Ils traitent des lois
fondamentales de la diététique et de l’hygiène. Ibn Butlãn donne aussi
un grand nombre de recommandations d’ordre pratique.

Il discute des problèmes de méthode et établit des classements.

[1 Il est toujours bon (utile…) de relire Lalande, qui nous donne cette définition, inspirée de
Kant : utile, ce qui a sa valeur, non pas en soi-même, mais comme moyen d’une fin Jugée
bonne
. Et qui rappelle aussi une remarque de J.S. Mill, lequel considérait comme ne faisant partie que du vocabulaire « de conversation » le terme « utile » employé dans le sens
étroit de ce qui concerne l’intérêt.

[2 C’est dommage que le mot « savant » ne soit plus guère utilisable et que le terme anglais
scientist ne puisse pas être transposé en français, à cause de la signification particulière,
dans l’histoire des idées, du terme « scientiste ». Le français ne dispose pas d’un terme
simple pour désigner le spécialiste, le professionnel des sciences exactes et naturelles ...

[3 Nécessité qui aboutit à une ritualisation de l’activité universitaire.

[4 Pour faire court, on dira, en insistant sur le premier ou le deuxième terme : l’histoire des
sciences et l’histoire des sciences. C’est au fond l’opposition entre l’analyse et la synthèse, Henri Berr (1911) a très bien montré que cette opposition fonde la différence entre
l’érudition historisante et la science historique.

[5 Sur ce beau sujet, signalons l’étude pertinente de Vincenti (1982), un ingénieur américain
qui étudie fort bien ces différences. On ne peut pas résumer plus simplement le problème
qu’en reprenant une phrase de cet auteur : A basic determinative throughout is the fundamental difference between engineering as the creation of artifacts and science as the pursuit
of knowledge
. Vincenti fournit une intéressante bibliographie, qui montre qu’il existe,
outre-Atlantique, a growing historical and philosophical interest in engineering knowledge as an epistemological species. C’est là qu’aurait dû chercher Beaune (1980) pour « trouver »
la technologie ! Notre honoré collègue s’obstine à la rechercher là où elle n’est sûrement pas, chez les gendelettres (comme gendarmes, disait Balzac). Voir Daumas (1981), un peu dur pour Beaune qui, tout de même, a fait oeuvre méritoire et qui a quelques trouvailles heureuses. Par exemple : il faut chercher la rationalité dans la technique elle-même, ou encore il y a technologie lorsque la technique parle.

[6 La notion de fiabilité, si caractéristique de la technologie contemporaine, est tournée vers
le futur. La prévision est l’obsession de l’ingénieur (coefficient de sécurité, MTBF,
contrôle de qualité ...), engagé qu’il est dans le concret. La sanction de l’échec est, ici, la
faillite.

[7 D’après le célèbre texte de Perrin (1912).

[8 Cette remarque - banale - permet de repérer la source d’une opposition à la technique
et aux techniciens qui est de toujours, mais qui prend en notre fin de siècle des proportions spectaculaires. Une religiosité rémanente déifie la Nature, et la technique est ainsi
perçue comme sacrilège.

[9Ibn al-Qiftĩ, 1903 ; Ibn Abĩ Usaybi’a, 1882

[10 Ballester (1974), note 234, en connaît 17.

[11 Diels (1934), fgt. 6.

[12 Surtout dans De Temperamentis, notamment l, 511-518

[13 Ars Medica, XXIII.



















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