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La tuyauterie

Le Componium possède deux sommiers en chêne, sur lesquels sont disposés les tuyaux.

Le sommier inférieur est divisé en deux parties.

La première partie, longue de 1 m et large de 13 cm, porte 3 jeux :
- Flûte 1 pied (19 tuyaux en bois) c’’ - f # ’’’
- Petite flûte 1 pied (15 tuyaux en étain) e’’ - f # ’’’
- Violon 2 pieds (15 tuyaux en bois) g’ - a ’’

La seconde partie porte 6 trompettes en laiton dont 4 droites et 2 couchées.
- Trompette (6 tuyaux à anches) d’, f #’, a’, d’’, e’’. f #’’

Remarques :

  1. Les petites flûtes 1 pied et le violon 2 pieds sont des registres transpositeurs à la sixte ; ils ne peuvent jouer simultanément. Ils sont commandés par deux touches distinctes du clavier. Si le cylindre appelle à un certain moment les petites flûtes 1 pied ; le violon 2 pieds sera automatiquement fermé et vice versa.
  2. Quant au jeu de flûtes 1 pied de 19 tuyaux, celui-ci est actuellement bloqué en position ouverte. Nous en ignorons la raison.

Le sommier supérieur, de plus grande taille que le sommier inférieur (135 cm de long X 54 cm de large et 4 cm d’épaisseur) est de conception traditionnelle. Il supporte 5 jeux de 36 notes, qui apparaissent, depuis la façade de l’instrument, dans l’ordre suivant :
- Salicional 8 pieds (36 tuyaux ouverts, en étain) G - f # ’’
- Gambe 4 pieds (36 tuyaux ouverts, en bois) g - f # ’"
- Quintation 4 pieds (36 tuyaux bouchées, en bois) g - f # ’"
- Flûte 4 pieds (36 tuyaux ouverts à bouche ronde, en bois) f - f # ’"
- Flûte 8 pieds (38 tuyaux ouverts ou fermés, à bouche ronde, en bois) G - f # "

Les claviers et les cylindres

Le Componium possède 2 claviers de 91 touches dont 76 servent à l’ouverture des soupapes, 8 aux registres automatiques, 3 aux percussions (2 triangles et 1 tambour) et 4 actuellement inemployées.

Les deux claviers qui sont espacés en hauteur de 32,7 cm correspondent aux paires de cylindres qui peuvent y être placés.

L’instrument peut être joué de deux manières différentes :

  1. par deux cylindres simultanément. C’est alors que l’instrument est en mesure d’improviser ;
  2. par un seul cylindre que l’on place sous le clavier inférieur. L’instrument joue alors, à la manière d’un orchestrion mécanique ordinaire, telle ou telle pièce (ouverture, marche, etc.) qui a été notée sur ce cylindre.

Actuellement, on conserve sept cylindres. Deux paires de cylindres servent pour l’improvisation ; les morceaux sont intitulés : Improvisation et Fantaisie. Les trois autres cylindres sont employés seuls, comme sur un orchestrion ordinaire. Sur le premier est notée la Marche d’Alexandre d’Ignace Moschelès (1794- 1870) ; sur le second, sont notées quatre pièces de Ludwig Spohr (1784-1859) ; sur le troisième, l’Ouverture de la Flûte Enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et une fantaisie fuguée du même compositeur.

Chaque cylindre mesure 121 cm de long et 27 cm de diamètre. Il se compose de 14 douves de tilleul, arrondies, collées et chevillées sur des jantes. Hélas, les douves se sont écartées, suite aux multiples séjours de l’instrument dans des entrepôts humides, ce qui dérègle considérablement le notage et altère l’éloquence musicale du Componium.

En examinant attentivement les cylindres (fig. 5), on s’aperçoit que toute la surface est striée. Une véritable résille de lignes parallèles droites et perpendiculaires se déploie sur toute sa surface. Ce damier servit de repère pour le notage des œuvres musicales. Les carreaux ont été calculés et tracés avec une précision extrême.

Fig. 5
Détail du cylindre de Componium contenant les pièces de Ludwig Spohr.

Alors que les trois cylindres d’orchestrion portant les œuvres de Moschelès, de Spohr et de Mozart sont garnis de pointes et de ponts sur toute leur surface, les deux paires de cylindres improvisateurs présentent une alternance de tranches notées et de tranches vierges (fig. 6). Cette disposition, nous le verrons, est la conséquence du jeu alterné de ces paires de cylindres improvisateurs. Dans le sens longitudinal, l’espace entre 2 lignes correspond à 1 temps d’une mesure musicale en 4/4. Etant donné que chaque cellule jouée par un cylindre, avant que l’autre ne vienne prendre le relai, comporte 2 mesures, il est logique de trouver une alternance de tranches notées et de tranches vierges toutes les 8 lignes. Dans le sens vertical, 8 cellules de deux mesures sont notées côte à côte, ce qui produit l’impression de petits groupes de pointes.

Fig. 6
Détail d’un cylindre de la paire de cylindres improvisateurs intitulée « Componium-Improvisation ».

[1Outre les ouvrages de base : A. W. J. G. ORD-HUME, Barrel Organ, South-Brunswick - New York, 1978 ; ID., Clockwork Music, New York, 1973 ; J.J.L. HASPELS, Automatic musical Instruments. Their Mechanics and their Music 1580-1820, Utrecht, 1987 ; H. JÜTTEMAN, Mechanische Musikinstrumente : Einführung in Technik und Geschichte, Frankfurt, 1987 ; on consultera également les ouvrages anciens : N. BOSTON, L.G. LANGWILL, Church and Chamber Barrel-Organs. Their Origins, Makers, Music and Location, Edimburg, 1967 ; A. BUCHNER, Mechanical music Instruments, Londres (1959) ; A. CHAPUIS, Histoire de la boîte à musique et de la musique mécanique, Lausanne, 1955 ; A. PROTZ, Mechanische Musikinstrumente, Kassel - Basel, 1957.

[2 A. W. J. G. ORD-HUME, Joseph Haydn and the mechanical Organ, Cardiff, 1982, p. 16-17.

[3 Panharmonicon est le nom qui fut donné à une série d’orchestrions automatiques de concert, notamment celui de Joseph J. Gurck (1809 ?), et ceux de Johann Nepomuc Maelzel (1806 et 1812-1813).

[4F.J. FETIS,Biographie universelle des musiciens, t. VIII, Paris 1865, p. 447.

[5V.-Ch. MAHILLON, Catalogue descriptif et analytique du Musée Instrumental du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles, Bruxelles, 1880, rééd. anast., Bruxelles, 1978, t.I., p. 449-456, et en particulier p. 452.

[6L. RATNER, « Ars combinatorial » : Chance and Choice in Eighteenth century Music, dans Studies in Eighteenth-century Music : a Tribute to Karl Geiringer on his seventieth Birthday, Londres, 1970, p. 345.

[7Voir F.W. MARPURG, Kritische Einleitung in die Geschichte und Lehrsätze der alten und neuen Musik, Berlin, 1759, et du même : Anfangsgründe der theoretischen Musik, Leipzig, 1757 ; Hrn. d’Alembert systematische Einleitung, in die musicalische Setzkunst, nach den Lehrsätzen des Hrn. Rameau, Leipzig, 1757 ; Handbuch bey dem Generalbasse und der Composition mit zwey-drey-vier-fünf-sechs-seiben-acht und mehrern Stimmen, Berlin, 1755-1760 ; Abhandlung von der Fuge nach den Grundsätzen und Exempeln der besten deutschen und ausländischen Meister entworfen, Leipzig, 1806 ; Versuch über die musikalische Temperatur, Breslau, 1776.

[8Bibliothèque Royale Albert Ier. Bruxelles, Fonds Fétis, 6838.

[9L. RATNER, op. cit., p. 344.

[10Voir l’Avertissement publié en tête de l’ouvrage. Rien de surprenant à ce que le musicologue Charles Burney accusa Kirnberger d’être « more ambitious of the caracter of an algebraist, than a musician of genius » (Ch. BURNEY, The present State of Music in Germany, the Netherlands, and the United Provinces, t. II, Londres, 1775, p. 213).

[11Sur les jeux de dés de Mozart, voir O. E. DEUTSCH, Mit Würfel Komponieren, dans Zeitschrift für Musikwissenschaft, t. XII /9-10, juin-juillet 1930, p. 595 ; P. LÖWENSTEIN, Mozart Kuriosa, dans Ibid., t. XII /6, mars 1930, p. 342-346 ; H. GERIGH, Würfelmusik, dans Ibid., t. XVI, 1934, p. 359-sv ; H. SCHERCHEN, Mozarts Anleitung ..., dans Gravesaner Blättern, 4, mai 1956, p. 3-18.

[12Sur le metronome, ses perfectionnements et son usage, voir principalement : J.T. HARRISON, A New Metronome, dans Proceedings of the Musical Association, t. XX/4, 1893, p. 23-sv ; Z. DRECHSEL, Geschichte des Taktmessers, dans Zeitschrift für Instrumentenbau, t. XLVI, 1926, p. 948 ; R. E. M. HARDING,The Metronome and its Precursors. Origins of Musical Time and Expression, Londres, 1938 : W. GEORGI,Das Metronom als Freund, dans Klavierspielerbüchlein, Zurich, Freibourg,1953 ; F. GOEBELS, Von sinnvollen Gebrauch des Metronoms, dans Musik und Unterricht, t. XLIX,1958, p. 5-sv. ; et sur les metronomes de Maelzel en particulier : Allgemeine Musikalische Zeitung, t. XIX/25, 18 juin 1817, col. 417-422 ; The Quarterly musical Magazine and Review, Londres, t. III, 1821, p. 302 ; t. VI,1824, p. 31-33 ; Revue musicale, Ire série, t. II, Paris,1828, p. 361-364 ; The Harmonicon, t. XI, Londres, mai 1833, p. 96-97.

[13J. de Vos Willems à D. N. Winkel, Amsterdam, 17 novembre 1819, dans RIJKSARCHIEF NOORD-HOLLAND, Koninklijk Nederlandsch Instituut, 4e Klasse, Minuut uitgaande brief, I, 353.

[14Voir notamment A.W.J.G. ORD-HUME, Barrel Organ, Sout-Brunswick - New York, 1978.

[15F.J. FETIS, Biographie universelle..., t. V, p. 397.

[16Que l’on songe, par exemple, aux travaux sur les engrenages à profil cycloïdal de Philippe de La Hire (1640-1718) contenus dans son Traité des épicycloïdes et leur usage en mécanique (1694), suivi du Traité de mécanique (1695), où l’utilisation des courbes cycloïdes pour tracer le profil des dents est longuement étudiée ; que l’on songe encore au mémoire présenté quarante ans plus tard, en 1733, par le géomètre Camus (1672-après 1732), à l’Académie des Sciences, « Sur la figure des dents des roues et des ailes de pignons », inséré en 1766 dans son Cours de mathématique ; ou mieux encore aux travaux théoriques de Léonard Euler (1707-1783), entre 1754 et 1765. Voir à ce sujet M. DAUMAS, A. GARANGER, Les premières étapes du machinisme, dans Histoire générale des Techniques, pub. sous la dir. de M. DAUMAS, t. II, Paris, 1965. p. 285-288.

[17A. THIOUT, Traité de l’horlogerie, Paris, 1747.

[18J.-A. LE PAUTE, Traité d’horlogerie, Paris, 1755 et 1767.

[19F. BERTHOUD, Essai sur l’horlogerie, dans lequel on traite de cet art relativement à l’usage civil, à l’astronomie et à la navigation, Paris, 1763, 1786. Berthoud est encore l’auteur de plusieurs ouvrages sur le problème des longitudes et des chronomètres de marine. Voir E. VON BASSERMANN-JORDAN, Montres, horloges et pendules, trad. de l’Allemand par R. WALTER, éd. rev. Et cor. par H. VON BERTELLE, Paris, 1964, passim et notament p. 502).

[20Encyclopédie méthodique. Arts et métiers mécaniques, t. IV, Paris (Panckouke), Liège (Plomteux), 1785, p. 85-90, et Dom F. DEDOS de CELLES, L’art du facteur d’orgues, 4è partie, Paris, 1778, p. 563-634.

[21Ibid., p. 578 et pl. XVIX.

[22SAVERIEN, Histoire des progrès de l’esprit humain dans les sciences exactes et dans les arts qui en dépendent, Paris, 1766, p. 311-315.

[23P. M. HAMEL,Nouveau manuel complet du facteur d’orgues, t. I., Paris, 1849, p. LXV-LXVI.

[24J.E. ROBERT-HOUDIN, Confidences et révélations. Comment on devient sorcier, Blois, 1868, p. 174-177.

[25Sur les machines dans la philosophie, voir O. MAYR, Philosophers and Machines, New York, 1976 (C.R. de E.T. LAYTON, dans Technology and Culture, t. XVIII/1, janv. 1977, p. 89-91). Le problème des implications philosophiques des multiples aspects de la technologie a fait l’objet d’une recherche bibliographique rétrospective par C. MITCHAM et R. MACKEY, dans Ibid., t. XIV/2, 2e partie, avril 1973, ce dernier ouvrage ne contient hélas aucun index.

[26C’est chez Nicolas d’Oresme (c. 1325-1382) que se trouve pour la première fois l’idée que l’univers est une immense horloge fabriquée par un Dieu horloger ; cette métaphore deviendra célèbre et sera reprise souvent (cf. A. UNGERER, Les horloges astronomiques et monumentales depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, Strasbourg, 1931).

[27Voir notamment R. DESCARTES, Traité de l’homme, dans Œuvres et Lettres de Descartes, Bibliothèque de la Pléiade, 1953, p. 805-873. L’horloge sert chez Descartes à exhiber un modèle cosmologique.

[28M. MERSENNE,Harmonie universelle, Paris, 1636, rééd. fascim, Paris, 1965, t. Il, p. 159.160.

[29W. HARVEY, Exercitatio anatomica... de motu cordis et sanguinis in animalibus, Amsterdam, 1628.

[30C’est, semble-t-il, avec le médecin padouan Santorio Santorio que l’intelligibilité mécanique investit le cadre de la médecine. Avec Borelli (1608-1679) et son disciple Bellini, l’iatromécanisme se systématise contre la théorie des humeurs. Ce mouvement aboutit à l’ambitieuse synthèse de Boerhaave (1668-1738) et atteint sa maturité expérimentale dans ses Institutiones medicae (1707) et ses Aphorismi de cognoscendis et curandis morbis (1708).

[31E. JACOTOT, Enseignement universel. Musique, Paris, 1829, p. 264-274.



















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