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Le Conseil Provincial du Brabant, dans sa séance du 8 juillet 1863, émit
le vœu d’ériger au Précurseur une statue à Bruxelles. Elle fut inaugurée vingt ans
plus tard, le 15 juillet 1889. Par le biais, si commode, d’une commémoration, l’histoire des sciences sensibilisait un vaste public.

Dans la période qui précède immédiatement la guerre de 1914, l’histoire
des sciences se fraie une place, élargit sa problématique et pénètre l’enseignement supérieur grâce à des individualités puissantes, philosophes ou scientifiques, curieux de l’histoire de leur discipline.

L’histoire des sciences, on l’a souvent dit, est la Cendrillon de la philosophie. Alphonse Le Roy, professeur à l’Université de Liège, lui fit une place dans
sa Philosophie au pays de Liège [17]. Le Grand Séminaire de Saint-Trond comptait des savants de grande valeur : Monseigneur Georges Monchamp étudie les
répercussions dans nos régions de deux courants de la révolution scientifique,
le copernicanisme et le cartésianisme [18], tandis que le chanoine Jacques
Lamine consacre aux Quatre éléments une monographie toujours utilisée
aujourd’hui [19].

Du côté des mathématiciens, le même intérêt s’éveille chez le géomètre
Constantin Le Paige (1852-1929), disciple de François Folie et d’Eugène Catalan, professeur d’analyse et de mécanique à Liège. Le Paige redécouvrit un
mathématicien liégeois du XVIIème, René-François de Sluse, dont il publia la
correspondance en 1884 dans le Bullettino de Boncompagni [20]. Loin d’être un
amusement de retraité, cette édition est l’œuvre d’un homme de trente-deux ans,
en pleine production mathématique. Le Paige a dû se faire généalogiste, bibliographe, historien local, se constituer patiemment une prodigieuse collection
d’autographes, d’archives, de livres, noyau du fonds précieux de quelque trois
mille cinq cents volumes qu’il lèguera plus tard à son université. Devenu recteur
de l’université de Liège, Le Paige consacra régulièrement son discours de rentrée à des questions d’histoire des sciences [21].

Le jésuite Henri Bosmans (1852-1928), professeur de mathématique au
collège Saint-Michel, consacra près de deux cent cinquante articles aux mathématiciens belges de la Compagnie de Jésus et à leurs contemporains, ainsi qu’à
l’œuvre scientifique des Jésuites en Chine, deux domaines où il fit école [22].

Dans la même ligne, Paul Ver Eecke, ingénieur des mines AILg, inspecteur général du travail, consacra tous ses loisirs de 1917 à 1959 à la traduction
et au commentaire de la mathématique grecque et médiévale : Archimède, Proclus, Diophante, Apollonios de Perge, Eutocios d’Ascalon, Théodose de Tripoli,
Sérénos d’Antinoé, Pappus, Didyme, Diophane, Anthémios, Fibonacci [23].

Le Paige, Bosmans, Ver Eecke sont des individualités fascinantes, mais
isolées, comme Tannery était directeur des Tabacs ou Von Lippmann industriel
sucrier. Seul, Le Paige enseigna l’histoire des sciences. Pourtant, l’histoire des
sciences et de la médecine s’enseignait alors dans les universités, mais on n’a
pas retenu les noms d’humbles professeurs de deuxième cycle.

Avec Ver Eecke, on arrive ainsi au seuil de notre siècle, la période de
grande fécondité. En 1947, Marshall Clagett s’étonnait qu’un pays si petit,
ravagé par deux guerres, connut tant de bons chercheurs et de bons ouvrages.
Les personnalités, si contrastées, de Leo Elaut, Jean Pelseneer, Marcel Florkin,
Henri Michel, Jan Gillis sont de cette génération.

Pareille abondance impose de choisir parmi les hommes, les projets et
les institutions. On se bornera, pour l’heure, à décrire deux thèmes de recherche,
la science antique et l’histoire de la médecine, et à évaluer diverses expériences
d’enseignement, de centres de recherche ou d’instances de dialogue.

[1 Conférence prononcée le 1er mars 1985 à la réunion conjointe de la Bestendige Commissie (Koninklijke Academie van België) et du Comité Belge d’Histoire des Sciences. La rédaction de Technologia a estimé utile d’accompagner
le « programme national d’enseignement » de ses rétroactes historiques.

[2 G. Gusdorf, Les sciences humaines et la pensée occidentale. I. De l’histoire des sciences
à l’histoire de la pensée
, Paris, 1966, p. 61.

[3 Paris, 1541.

[4Liège, Bassompierre, 1755, 2 vol. ; Mons. Hoyois, 1778, 4 vol.

[5 Bruxelles, chez l’auteur et à la Bibliothèque Publique, 1837-1838,4 vol. L’ouvrage fut
commencé en 1818.

[6 On trouve ce prospectus en tête du volume IV.

[7 J. Lavalleye, Historique de la commission de la Biographie Nationale, Bruxelles, 1966.

[8 A. Quetelet, Histoire, p. 8.

[9 A. Quetelet, Histoire, p. 16.

[10 Repris dans Histoire, appendice.

[11 C. Broeckx, Essai sur l’histoire de la médecine belge avant le XIXe siècle, Gand, 1837.

[12 P. J. D’Avoine, Eloge de Rembert Dodoëns, médecin et botaniste malinois du XVIe siècle (. . .)
suivi de la concordance des espèces végétales décrites et figurées par Rembert Dodoëns
avec les noms que Linné et les auteurs modernes leur ont donnés par le même auteur et
par Charles Morren, Malines-Bruxelles, 1850.

[13 P.J. Van Meerbeek, Recherches historiques et critiques sur la vie et les ouvrages de Rembert Dodoens (Dodonaeus), Malines, 1841, réimpr. Utrecht, 1980.

[14 V. Heursel-De Meester et R. Delmotte, Archéologie végétale des simples d’après Dodonée, Mathioli, Clusius etc., Ypres, 1912.

[15 D’Elmotte, Essai, p. 3-4.

[16Guislain, La nature considérée comme force instinctive des organes, Annales de la Société
de Médecine de Gand
, 1846, p. 5.

[17 A. Le Roy, La philosophie au pays de Liège, Liège, 1863.

[18 G. Monchamp, Histoire du cartésianisme en Belgique, Bruxelles-Saint-Trond, 1886, (couronné par l’Académie) ; Galilée et la Belgique. Essai historique sur les vicissitudes du système de Copernic en Belgique (XVIIe et XVIIIe siècles), Saint-Trond, 1892.

[19 J. Laminne, Les quatre éléments : le feu, l’air, l’eau et la terre. Histoire d’une hypothèse,
Mémoires couronnés par l’Académie Royale de Belgique
, 65, 1903.

[20 C. Le Paige, Correspondance de René-François de Sluse, publiée pour la première fois et
précédée d’une introduction, dans Bullettino di Bibliografia e di Storia delle Scienze matematiche et fisiche
, t. XVII, Rome, 1884, p. 494-726.

[21 Sur l’œuvre de Le Paige, voir à présent F. Jongmans, R. Halleux, P. Lefebvre, A. C. Bernes, Les Sluse et leur temps, Bruxelles, 1985.

[22A. Rome, Bosmans (Henri) dans Biographie Nationale, t. XXX, sup. II, Bruxelles, 1959, col.
182-183.

[23 J. Mogenet, Paul Ver Eecke, AIHS, 12 (1959), p. 296-297.

[24 A. Severyns, Notice sur Joseph Bidez, Annuaire de l’Académie Royale de Belgique, 122
(1956), p. 81-214.

[25 On en trouvera l’évolution dans les Comptes rendus des sessions annuelles du Comité.

[26 A. Delatte, Etude sur la littérature pythagoricienne, Paris, 1915 ; Les portulans grecs, Liège,
Paris, 1947 ; Herbarius, 3e éd., Bruxelles, 1961 ; Anecdota Atheniensia et alia, Paris, 1939.

[27 F. De Ruyt, Notice sur le chanoine Adolphe Rome. Annuaire de l’Académie Royale de Belgique, 138 (1972), p. 87-99.

[28 A. Lejeune, Euclide et Ptolémée. Deux stades de l’optique géométrique grecque, Louvain,
1948 ; Recherches sur la catoptrique grecque d’après les sources antiques et médiévales,
Bruxelles, 1957 ; Claude Ptolémée, Optique dans la version latine d’après l’arabe de l’émir
Eugène de Sicile
, Louvain, 1956.

[29 J. Mogenet, Autolycus de Pitane. Histoire du texte suivie de l’édition critique des traités de
la sphère en mouvement et des levers et des couchers, Recueil de travaux d’histoire et de
philologie de l’université de Louvain
, 3e série, 37 (1950). Parmi les autres élèves de Rome,
signalons le regretté Maurice Michaux avec son édition du commentaire de Marinus aux
Data d’Euclide.

[30 On trouvera une bibliographie de Marcel Florkin par Yves Pasleau dans P. Laszlo, R. Halleux, Représentations anciennes du savoir chimique et alchimique. Catalogue d’exposition,
Liège, 1981.

[31Récemment couronné par l’Editio maior d’Hippocrate, Du régime par R. Joly avec la collaboration de Simon Byl, Berlin, Akademie Verlag, 1984 (Corpus Medicorum Graecorum
1, 2, 4).

[32
R. Joly, Le niveau de la science hippocratique. Contribution à la psychologie de l’histoire
des sciences
, Paris, 1966.

[33 S. Byl, Recherches sur les grands traités biologiques d’Aristote : sources écrites et préjugés, Bruxelles, 1980.

[34 Particulièrement éclairante sur ce mouvement est la préface de Gerhard Baader et Gundolf Keil au recueil Medizin im mittelalterlichen Abendland, Darmstadt, 1982, p. 1-44.

[35 L’expression est de L. J. Vandewiele, Een middelnederlandse versie van de Circa Instans
van Platearius
, Oudenaarde, 1970, p. 5.

[36
F. A Comer & L. J. Van De Wiele. Elaut, Leon Jozef dans Nationaal Biografisch Woordenboek, X (1983), p. 159-166.

[37
C. Opsomer, Le livre des simples médecines, Antwerpen, 1980.

[38 Le projet THEOREMA, Thesaurus par ordinateur des recettes médicales anciennes. Le
premier volume, analysant 40.000 recettes, est sous presse.

[39J. Grand’Henry, Le livre de la méthode du médecin d’Ali b. Ridwan, Louvain, 1979.

[40 H. Elkhadem, Le Taqwïm al-sihha d’Ibn Butlān, un traité médical du XIème siècle. Edition
critique, traduction, commentaire, 3 vol., Bruxelles, Université Libre de Bruxelles.
Faculté de Philosophie et Lettres. Thèse.

[41 M. H. Marganne, Inventaire analytique des papyrus grecs de médecine, Genève, Droz,
1981. Papyri medicae graecae, 3 volumes, sous presse.

[42 A rappeler son excellente Esquisse d’une histoire des sciences mathématiques en Belgique, Bruxelles, 1943.

[43 E. Poulle & A. De Smet, Les tables astronomiques de Louvain de 1528 par Henri Baers ou
Vekenstyl
, Bruxelles, Culture et Civilisation, 1976 ; A. Bruylants, J. B. Dumas. Essai de philosophie chimique, Bruxelles, 1974 ; O. Godard, Georges Lemaître. L’hypothèse de l’atome
primitif
, Bruxelles, 1973 ; F. A Sondervorst, Nicolas Joseph Eloy. Dictionnaire historique de
la médecine
, Bruxelles, 1973.

[44Résistance et ouverture aux découvertes scientifiques (1972) ; Nicolas Copernic (1974) ;
Jean-Baptiste Van Helmont (1978) ; Les sciences exactes et naturelles à l’université de
Louvain de 1835 à 1940 (1979). Jean-Baptiste Vifquain (1981).

[45 L’auteur tient à exprimer ses vifs remerciements à Madame Andrée Despy-
Meyer, archiviste-adjoint à l’Université Libre de Bruxelles, pour l’aide et les
facilités qu’elle a bien voulu lui accorder lors de ses recherches pour cet article.

[46 J. Pelseneer, 1928. - Les tensions de radiation en relativité généralisée. Bulletin de la
Classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique
5ème série, 14 : 408-418.

[47 J. Pelseneer, 1929.-Une lettre inédite de Newton. Isis 12 : 237-254 ; 1930. -Une opinion
inédite de Newton sur l’« Analyse des Anciens » à propos de l’Analysis geometrica de
Hugo de Omerique. Isis 14 : 155-165 ; 1931. - Project for the Publication of Newton’s
Correspondance. Science ; 332-333 ; 1932. - Le dernier autographe de Newton. Isis 17 :
331 ; 1936. - Une lettre inédite de Newton à Pepys (2 décembre 1693). Osiris 1 : 497-
499 ; 1939. - Lettres inédites de Newton. Osiris 7 : 523-555.

[48 J. Pelseneer, 1931. - Un journal inédit de Hooke. Isis 15 : 97-103.

[49 Les deux coopèrent dans Th. De Donder & J. Pelseneer, 1937. - La vitesse de la propagation de la lumière selon Descartes. Bulletin de la Classe des Sciences de l’Académie
royale de Belgique
4ème série, 23 : 689-692.

[50 J. Pelseneer, 1941 & 1942. - Tables chronologiques des principaux faits concernant les
sciences qui ont eu lieu en Belgique au XVIe siècle. Archeion 23 : 395-409 & 24 : 216-
217.

[51 J. Pelseneer, 1935. - Esquisse du progrès de la pensée mathématique. Des primitifs au
XIXe Congrès international des Mathématiciens
. Liège.

[52 J. Pelseneer, s. d. - L’évolution de la notion de phénomène physique des primitifs à Bohr et
Louis de Broglie. Leçons sur l’histoire de la pensée scientifique professées à l’Université
libre de Bruxelles
. Bruxelles.

[53 Voir 1983. – Technologia 6 (4) : 115-120.

[54 Université Libre de Bruxelles, Archives, 1 P, 746a, Jean Pelseneer.

[55 Id.

[56 Id.

[57 Pour ses publications relatives aux fonds des Archives de l’Université Libre de Bruxelles
voir J. Pelseneer, 1937. - Catalogue sommaire des manuscrits du Fonds Stas de l’Université Libre de Bruxelles. Bulletin de la Société Chimique de Belgique 46 : 367 -376 ; 1960.
- Catalogue sommaire des manuscrits du Fonds Léo Errera de l’Université Libre de
Bruxelles. Bulletin de la Société royale de Botanique de Belgique 92 : 269-270.

[58 N = cours donné en néerlandais ; F = cours donné en français ; BR, Bibliothèque Royale ;
KB, Koninklijke Bibliotheek ; KUL, Katholieke Universiteit te Leuven ; SRBII, Société Royale
Belge des Ingénieurs et des Industriels ; UCL, Université Catholique de Louvain ; UEL, Université de l’Etat à Liège ; UEM, Université de l’Etat à Mons ; ULB, Université Libre de Bruxelles ; RUG, Rijksuniversiteit te Gent ; UIA, Universitaire Instelling Antwerpen.

[59 N = Nederlands ; F = Frans ; BR, Bibliothèque Royale ; KB, Koninklijke Bibliotheek ; KUL,
Katholieke Universiteit te Leuven ; SRBII, Société Royale Belge des Ingénieurs et des
Industriels ; UCL, Université Catholique de Louvain ; UEL, Université de l’Etat à Liège ; UEM,
Université de l’Etat à Mons ; ULB, Université Libre de Bruxelles ; RUG, Rijksuniversiteit te
Gent ; UIA, Universitaire Instelling Antwerpen.

[60Bronislaw Malinowski, « Magic, Science and Religion », in Magic, Science and Religion
and Other Essays
(Garden City, N. Y., 1954), 85-90.

[61 Keith Thomas, Religion and the Decline of Magic (New York, 1971), passim.

[62 Frances A. Yates, Giordano Bruno and the Hermetic Tradition (Chicago,1964).

[63 Thomas, op. cit, 202-204. In addition, see Nicholas Steneck, « Greatrakes the Stroker :
The Interpretation of Historians », Isis, 73 (1982), 161-77 ; and Barbara Kaplan, « Greatrakes the Stroker : The Interpretation of His Contemporaries », Isis, 73 (1982), 178-85.

[64
For the examples that follow, see Lynn White, Jr., Medieval Technology and Social
Change
(Oxford, 1962) and the bibliography cited therein.

[65A. R. Hall, « Guido’s Texaurus, 1335, » in Bert S. Hall and Delno C. West, eds., On Premodern Technology and Science : Studies in Honor of Lynn White, jr. (Los Angeles, 1976),
13-52. In addition, see Bert S. Hall, « Guido da Vigevano’s Texaurus Regis Franciae,
1335 » in Studies on Medieval Fachliteratur, ed. William Eamon, Scripta, 6 (Brussels,
1982),33-84.

[66A. G. Drachmann, The Mechanical Technology of Greek and Roman Antiquity, Acta Historia
Scientiarum naturalium et Medicinalium, vol. 17 (Copenhagen, 1963).

[67Malinowski, op. cit, 90.

[68Roger Bacon, Epistola Fratris Rogerii Baconis de secretis operibus artis et naturae, et de
nullitate magiae
, ed. J. S. Brewer, Opera hactenus inedita Rogeri Baconi, vol. I (London,
1859),523.

[69See, for example, « The honorable history of frier Bacon, and frier Bongay », in The Plays
and Poems of Robert Greene
, ed. J. Churton Collins, vol. II (Oxford, 1935), 17-18. In addition, see A. G. Molland, « Roger Bacon as a Magician », Traditio, 30 (1974), 445-60.

[70For examples, see William Eamon, « Technology as Magic in the Late Middle Ages and
the Renaissance », Janus, 70 (1983), 171-212.

[71Conrad Kyeser, Bellifortis, ed, G. Quarg, 2 vols. (Dusseldorf, 1967).

[72See, for example, Christian Heulsen, « Der ’Liber instrumentorum’ des Giovanni Fontana », Festgabe Hugo Blumner (Zurich, 1914), 507-15.

[73John Baptista Porta, Natural Magick, facs. ed. D. J. Price (New York, 1957), 2.

[74Christopher Marlowe, The Tragedy of Doctor Faustus, Scene I, 105-114 (New York,
1959), p. 7.

[75Mary Shelley, Frankenstein, Or, The Modern Prometheus (1831 ; New York, 1965)

[76 Ibid., 95.



















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