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L’étonnement et le désappointement de Quetelet sont grands.
Il croit avoir mal compris et ne se fait pas faute de l’écrire au ministre.
Dans une longue lettre, datée du 19 mai 1867, il estime la nomination de
Lancaster absolument indispensable en raison de l’impossibilité où il se
trouve d’accomplir les multiples travaux demandés à l’Observatoire
avec les aides dont il dispose, eux-mêmes surchargés [9]. Le ministre
propose alors d’allouer à Lancaster un subside de mille francs pris sur
le budget des lettres et des sciences [10] . Quetelet revient à la
charge [11] et justifie une fois de plus sa demande par le grand nombre
de travaux auxquels il doit faire face. Il lui faut notamment répondre à une
série de propositions qui lui ont été faites par des savants étrangers pour
des travaux de caractère international : le directeur de l’Observatoire de
Leyde, F. Kaiser, lui demande de calculer avec lui la valeur de la différence des longitudes entre Bruxelles et Leyde [12] ; le directeur de
l’Observatoire de Paris, Urbain-Jean Le Verrier sollicite sa collaboration
pour compléter la carte météorologique de la France [13] ;
enfin, le géophysicien et minéralogiste français Charles Sainte-Claire-Deville souhaite son aide pour son grand travail sur les températures [14].

Au milieu de toutes ces discussions, Albert Lancaster intervient
à son tour, estimant qu’il a quelque droit à l’obtention d’une position
assurée et fixe à l’Observatoire. Il le fait savoir à Quetelet, dans une lettre du 27 août 1867. Il fait notamment remarquer qu’il y aura bientôt un
an qu’il a été admis comme aide à l’Observatoire et que, depuis plusieurs
mois, à raison de deux fois par semaine, il remplit aussi les fonctions
d’aide de nuit [15]. Comme il l’a toujours fait, Quetelet soutient son collaborateur sans réserve [16],
mais le ministre se contente d’accorder à
Lancaster un nouveau subside de mille francs sur le budget de 1867 du
ministère de l’Intérieur [17]. Déçu, Albert Lancaster quitte l’Observatoire de Bruxelles le 31 décembre 1867 pour passer au secrétariat de l’Académie royale de Belgique dont Quetelet est d’ailleurs le secrétaire perpétuel. Lancaster reste attaché à ce service jusqu’en février 1875.

En 1873, Lancaster tente de revenir à l’Observatoire [18] . Il
avait appris que les observations, surtout en astronomie, s’étaient
considérablement accrues et que les aides de l’Observatoire ne suffisaient pas pour faire à la fois les observations et les travaux de réduction
qu’elles exigeaient. Lancaster présente donc ses services à Quetelet et
lui demande de pouvoir reprendre le travail dont il avait été chargé avant
d’entrer au secrétariat de l’Académie : « Je m’en occuperais pendant
deux ou trois heures supplémentaires », écrit-il, « que je pourrais utiliser
chaque jour dans ce but, après mon travail au Secrétariat de l’Académie ». Quetelet transmet la requête de Lancaster au ministre de l’Intérieur Ch. Delcour en proposant de lui accorder une rémunération de six
à sept cents francs par an [19], ce qui lui est accordé [20].

Adolphe Quetelet meurt en février 1874. Son fils, Ernest, exerce
les fonctions de directeur de l’Observatoire de Bruxelles par intérim.
C’est lui qui, en février 1875, attire l’attention du ministre de l’Intérieur
sur l’insuffisance du personnel de l’établissement et demande la nomination d’un nouvel assistant ; il avance le nom d’Albert Lancaster [21].
Le 23 février 1875, Lancaster est nommé en qualité d’aide à l’Observatoire par Arrêté du ministre de l’Intérieur Delcour [22]. Albert Lancaster
ne quittera plus l’Observatoire. Il y fera toute sa carrière et laissera une
œuvre scientifique considérable. Son nom reste aussi attaché, avec
celui de Jean-Charles Houzeau, à la publication de la « Bibliographie
générale de l’Astronomie » [23] .

[1 Sur Albert Lancaster, voir Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique. Notices biographiques et bibliographiques concernant les membres, les correspondants, les associés, 1907-1909, p. 157-165 ; Mourlon, Discours prononcé aux funérailles d’Albert Lancaster, dans « Bulletin de l’Académie Royale de Belgique, Classe des Sciences », 1908, p. 173-176 ; L. Dufour, L’œuvre scientifique d’Albert Lancaster, dans « Ciel et Terre », t. 58, 1942, p. 109-121 ; J.-F. Cox, Notice sur Albert Lancaster, dans « Annuaire de l’Académie Royale de Belgique », t. CXVII, 1951, p. 57-68 ; A. De Smet, Voyageurs belges aux Etats-Unis du XVIIIe siècle à 1900, Bruxelles, 1959, p. 106-107 ; L. Dufour, Albert-Benoit Lancaster, dans « Biographie Nationale », t. XXXII (Suppl. t. IV). Bruxelles, 1964, col. 333-337.

[2 Archives Générales du Royaume à Bruxelles (A. G. R. B.). Enseignement Supérieur (nouveau fonds). N° 312 : Observatoire ; dossiers particuliers du personnel (dossier Lancaster).

[3A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’A. Quetelet au ministre de l’Intérieur, Bruxelles, 31 octobre 1866. Quetelet écrit notamment : En vous adressant des éclaircissements sur la marche de
l’Institution que je dirige, permettez-moi de vous faire remarquer que l’extension croissante
des observations m’a forcé de confier certains travaux de calcul à un jeune homme, M. Albert
Lancaster, que ses goûts entraînent vers l’étude des sciences mathématiques et que ce n’est
que grâce à son concours que j’espère pouvoir mettre au courant l’arriéré considérable qui
existe pour la publication de nos Annales.

[4A.G.R.B., dossier cité ; lettre du ministre de l’Intérieur à A. Quetelet, Bruxelles, 12 novembre 1866.

[5 A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’A. Quetelet au ministre de l’Intérieur, Bruxelles, 19 novembre 1866.

[6 A.G.R.B., dossier cité ; lettre du ministre de l’Intérieur à A. Quetelet, Bruxelles, 30 novembre
1866 ; Arrêté royal signé à Laeken, le 10 décembre 1866 accordant un subside de cinq
cents francs à A. Lancaster sur le budget du département de l’Intérieur, exercice 1866.
Dans la lettre citée plus haut, Quetelet parle du travail de Lancaster à l’Observatoire en termes particulièrement élogieux : Depuis deux mois qu’il travaille régulièrement à l’Observatoire, j’ai eu lieu d’être très satisfait de sa tenue et de l’amour du travail que je remarque dans ce jeune homme que je crois sous tous les rapports digne de l’encouragement que j’ai l’honneur de demander pour lui.

[7 A.G.B.R., dossier cité ; lettre d’A. Quetelet au ministre de l’Intérieur, Bruxelles, 15 avril 1867

[8 A.G.R.B., dossier cité ; lettre du ministre de l’Intérieur à A. Quetelet, Bruxelles, 7 mai 1867.

[9 A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’A. Quetelet au ministre de l’Intérieur, Bruxelles, 19 mai 1867.

[10A.G.R.B., dossier cité ; lettre du ministre de l’Intérieur à A. Quetelet, 5 juin 1867.

[11A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’A. Quetelet au ministre de l’Intérieur, Bruxelles, 7 juin 1867.

[12 Cette opération eut lieu en septembre 1868 ; voir Académie Royale de Belgique (A.R.B.),
Correspondance d’A. Quetelet, n° 1432, lettres de F. Kaiser à A. et E. Quetelet.

[13 Voir aussi A.R.B., Correspondance d’A. Quetelet, n° 1599.

[14 A.G.R.B., dossier cité ; voir la lettre d’A. Quetelet citée à la note n° 11 et celle du même
au même, Bruxelles, 24 juin 1867. Ch. Sainte-Claire Deville était président de la Commission de l’Observatoire météorologique central de Montsouris et demanda à A. Quetelet de nombreux renseignements sur les températures de Bruxelles à des moments
déterminés ; A.R.B., Correspondance d’A. Quetelet, n° 2205.

[15A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’A. Lancaster à A. Quetelet, Schaerbeek, 27 août 1867.

[16 A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’A. Quetelet au ministre de l’Intérieur, Bruxelles, 30 août 1867.

[17 A.G.R.B., dossier cité ; Arrêté royal donné à Bruxelles, le 23 septembre 1867.

[18 A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’A. Lancaster à A. Quetelet, Bruxelles, 11 février 1873.

[19 A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’A. Quetelet au ministre de l’Intérieur, Bruxelles, 11 février 1873.

[20 A.G.R.B., dossier cité ; lettre du ministre de l’Intérieur à A. Quetelet, Bruxelles, 18 février 1873.

[21A.G.R.B., dossier cité ; lettre d’E. Quetelet au secrétaire général du ministère de l’Intérieur
Bellefroid, Bruxelles, 17 février 1875.

[22A.G.R.B., dossier cité ; Arrêté du ministre de l’Intérieur du 23 février 1875.

[23 Voir notamment l’article de
L. Dufour cité à la note n° 1.



















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