6(2)

Quoi qu’il en soit, ce n’est plus à Liège, mais dans le Studium generale de Paris et de Bologne que les Liégeois apprendront la science nouvelle. De 1200 à 1350, Christine Renardy (1979) a recensé près de 700 universitaires en relation avec le diocèse de Liège. Ceux d’entre eux qui se destinent à la haute science font carrière à l’étranger. Ceux qui reviennent sont happés par des tâches d’arbitrage et d’administration.

Il reste cependant des foyers intellectuels discrets, mais particulièrement actifs.

C’est le cas pour l’abbaye de Saint Jacques, dans le domaine des sciences médicales. De nombreux manuscrits médicaux, aujourd’hui dispersés, portent la marque d’appartenance à cette abbaye. Ils sont concentrés sur le XIIIème et le XIVème siècles (Denoel, 1971). Malgré l’absence de catalogues antérieurs au XVIème siècle, on peut établir qu’ils étaient bien dans la bibliothèque à cette époque et qu’ils y furent commentés, grâce aux écrits du moine Léonard [9].
Celui-ci composa, à la fin du XIVème siècle, un florilège médical [10]
, un ouvrage de diététique [11]
et un De podagra [12]
. Ces traités ne méritent pas l’édition. Ce sont des collections d’extraits, faits à partir de la bibliothèque de l’abbaye. On y observe le souci de couvrir tous les secteurs de la médecine [13]. Les anciens sont peu représentés, avec le commentaire de Galien auxAphorismes d’Hippocrate [14], aux Epidémies [15]
, au Règne des maladies aiguës [16]
et une Chirurgie [17].

Les Arabes s’y taillent une place importante : Johannitius avec l’Isagoge [18]
, Razi avec des extraits du Livre à Almansor [19]
et un traité de pédiatrie [20]
 ; Avicenne avec des extraits du Canon [21]
, surtout
Isaac Israeli avec son traité des définitions [22]
, des humeurs [23], son traité des éléments [24]
, ses dietae universales et particulares [25]
, Haly Abbas avec le Pantegni traduit par Constantin l’Africain [26]
, Serapion traduit par Simon de Gênes [27]
, l’Ecole de Salerne est représentée par Constantin avec le Viatique [28], le Liber oculorum [29] le Liber coitus [30], le De gradibus [31], Gariopontus avec le Passionaire [32], Copho avec le modus medendi [33] et les traités de thérapeutique de Platearius [34], Jean de Saint Paul [35], Barthélemy de Salerne [36].
Mais on n’en néglige pas pour autant des textes plus récents, par exemple, Arnaud de Villeneuve avec son Régime [37] ou son traité de la saignée [38] .Certains d’entre eux sont très spécialisés, le Traité des médicaments [39] et celui des Urines de Gilles de Corbeil [40],les commentaires à Constantin de Gérard Bituricensis [41], et Jean de
St Amand [42].

Une bibliothèque qui pouvait rivaliser avec les plus belles librairies médicales d’Europe, mais aussi un monde fermé sur lui-même.

[1 Communication présentée au Colloque international Histoire des sciences dans l’Ancien Pays de Liège, Hommage à Marcel Florkin (1980), organisé au château de Colonster par MM. P. Laszo et R. Halleux de l’Université de Liège.

[2 Radulphe, lettre n° 5, Tannery-Clerval Astrolabium misissem vobis judicandum, sed est nobis exemplar ad alliud construendum : cujus de scientia si quid affectatis, ad missam sancti Lan(berti) non vos pigeat advenire. Forsitan non penitebit : alioquin videre tantummodo astrolabium non magis iuvabit quam « lippum pictae tabulae, fomenta podagrum ».

[3 B.R. 5649-67, IX-Xème siècle (Calcoen, 167) peut-être amené par l’abbé Olbert.

[4 Catalogue d’Anchin, n° 45 medicinalis versifice.

[5 B.R. 2419-31 (Calcoen, 56), cf. Thomas (1896) n° 17, Lacombe (1939) n° 169. Un médecin du Val-Saint-Lambert nommé Stephanus est mentionné entre 1200 et 1256 (Vercauteren, 1951).

[6 B.R. 2034-35 (Calcoen, 49), f. 159v-162v, S. XII, Cf. Van den Gheyn, I (1901), n° 388, C. Gaspar, F. Lyna, Manuscrits à peintures, I (1937), (n° 2a).

[7 Heriger, Gesta, MGH, SS, VII. 166.

[8Boece, De Consolatione philosophiae, II, 9 Tu numeris elementa ligas, ut frigida flammis, arida conveniant liquidis. Commentaires édités par W. Moll, « Bisschop Adelbold’s commentaar op een metrum van Boethius » dans Kerkhistorisch archiev verzameld door N.C. Kist en M. Moll, III, Amsterdam, 1862.

[9 S. Balau (1902b) reproduit la notice de Hyacinte Van der Meer, Bibliotheca scriptorum leodiensium, ms. BR 17639, Leonardus Belarmie monachum induit in monasterio sancti Jacobi Leodiensis vir studiosus et eruditus, scripsit non spernenda volumina de quibus
feruntur subjecta. De curatione podagrae lib. I qui ita incipit « Podagra est infirmitas pedum ».
Dicavitque Nicolao de Jardino. De regimine conservandae sanitatia lib. I Qui sic exorditur « ln vere cave frigus ». De diversis cibariis conficiendis lib. I Peste obiit anno 1401.

[10 Leyde, Bibliothèque Universitaire. BPL 191 C, s. XV. f. 135r-140v. Extracta ex libris medicinalibus.

[11 Leyde, ms. cit., f. 141 r-154v De regimine conservandae sanitatis.

[12 Darmstadt 435, f. 1r-75v De podagra.

[13 Pour le présent exposé, on se contentera d’établir la concordance entre les mss de L’abbaye et les citations du De podagra.

[14 Cité De podagra, f. 3v et 4r.

[15 Cité De podagra, f. 35v.

[16 Cité De podagra, f. 34r.

[17 Ms. Darmstadt 329.

[18 Cité De podagra, f. 10r.

[19 Ms. Wolfenbüttel 51. 1. Aug. 2°.

[20 Ms. Wolfenbüttel 51. 1 Aug. 2°.

[21 Ms. Darmstadt 501.

[22 Ms. Darmstadt 2640.

[23 Cité De podagra, f. 14r.

[24 Ms. Darmstadt 2640.

[25 Cité De podagra, f. 4r.

[26 Cité De podagra, ff. 5r, 22v, 46v.

[27 Ms. Wolfenbüttel 51.1. Aug. 2°, cité De podagra, f. 48r.

[28 Ms. Darmstadt 319, cité De podagra, f. 4r.

[29 Ms. Wolfenbüttel 51. 1. Aug. 2°.

[30 Ms. Wolfenbüttel 51. 1. Aug. 2°.

[31 Ms. Darmstadt 2284.

[32 Ms. Darmstadt 329.

[33 Mss. Darmstadt 329 et 2640.

[34 Mss. Darmstadt 329 et 501 ; cité De podagra, f. 48r.

[35 Ms. Darmstadt 329.

[36 Ms. Darmstadt 501.

[37 Ms. Darmstadt 753 ; cité De podagra, f. 66v.

[38 Ms. Darmstadt 501 ; cité De podagra, f. 327r.

[39 Ms. Wolfenbüttel 51. 1. Aug. 2°.

[40 Cité De podagra, f. 17r.

[41Ms. Darmstadt 319, cité De podagra, ff. 6r, 7v, 14v, 48r. Aussi Darmstadt 501.

[42 Cité De podagra, f. 27r, 66v.

[43Communication présentée au Colloque international Histoire des sciences dans l’Ancien Pays de Liège, Hommage à Marcel Florkin (1980), organisé au château de Colonster par MM. P. Laszlo et R. Halleux de l’Université de Liège.

[44 Certains critiques considèrent qu’au moins une partie du troisième volume aurait été rédigée par Foullon.

[45 Les papiers de Jean Hellot (Bibliothèque municipale de Caen) constituant dix cahiers
manuscrits (4259 pages, 8552 notes et observations) ne représentent qu’une partie de tout ce que le savant avait extrait et compulsé sur les questions techniques et administratives liées à l’exploitation des mines et comprennent 1447 notes et observations se rapportant à des problèmes de géologie, minéralogie et travaux miniers, soit 17 % du total de ses notes et observations. On doit d’ailleurs leur ajouter les registres manuscrits MS 2755 et MS 2756 de la Bibliothèque Mazarine de Paris, recueils de documentation de Jean Hellot et qui contiennent des notes et des observations touchant aux mines, à
l’extraction minière et à la métallurgie. Les problèmes de la législation minière (ancienne et courante) y sont bien représentés.



















info visites 195285

     COCOF
                      Avec le soutien de la Commission
                           communautaire française