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RECENSIONES

Susan H. MYERS (1980)
Handcraft to Industry, Philadelphia ceramics in the first half of the nineteenth century.
Smithsonian Studies in History and Technology, number 43.
Smithsonian Institution Press, Washington, 117 p., 32 fig.

Il n’est certainement pas exagéré de prétendre que le passage de l’artisanat à l’industrialisation est un des problèmes-clés de l’histoire des techniques d’une part, de l’histoire économique d’autre part. Il n’est pas exagéré non plus de signaler que ces deux disciplines, bien que parfaitement distinctes dans leurs objectifs, sont indissolublement liées, à tel point qu’il est parfois difficile de rattacher un texte à l’une ou l’autre de ces matières.

Ici, pas d’hésitation, c’est d’histoire économique qu’il s’agit. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’aspect « histoire des techniques » de la question a été escamoté, mais enfin les problèmes technologiques ne sont guère pris en considération, les données exploitées sont d’ordre statistique ou commercial : prix, localisation des ateliers, nombre d’ouvriers, etc. Tout cela est intéressant et décrit, avec la précision du microscopiste, ce qui s’est passé chez les potiers de Philadelphie entre 1807 (l’année de l’embargo décidé par Jefferson, qui soulage les fabricants américains de la concurrence anglaise) et 1850 (où l’industrialisation est en bonne voie de généralisation).

Une monographie utile, dont les illustrations réjouiront le cœur de ceux pour qui l’archéologie industrielle est, aussi, une question de nostalgie.

J. C. Baudet

TECHNIQUES ET CULTURE (1979)
Bulletin de l’équipe de recherche 191, n° 4. Centre National de la Recherche Scientifique, Maison des Sciences de l’Homme, Université René Descartes (Paris), 130 p.

Les quatre textes ici rassemblés sont, géographiquement, sans liens entre eux, puisqu’ils concernent le Mexique, l’Inde, le Qatar et le Soudan. Il s’agit de monographies très précises et bien documentées, sauf le dernier texte qui pose un problème sans le résoudre. Commençons par cette dernière étude, de M.-C. Peltier-Charrier et M. Abeles, intitulée Agro-pastoralisme, histoire, changement : les Didinga du Soudan méridional. Cette étude n’avait d’autre ambition que de poser un problème, mais il s’agit d’une question essentielle en technologie culturelle, puisque, dans toute sa généralité, on peut la poser ainsi : comment les structures sociales s’adaptent-elles à l’adoption d’un nouveau système technique ?

Alors que les Didinga n’avaient pratiquement pas modifié leurs moyens d’existence pendant la colonisation anglaise, la guerre (qui se termine en 1973) entraîne une émigration massive de ces pasteurs à partir de 1964. En revenant occuper leur propre territoire, les Didinga, trouvant leur cheptel décimé et les pâturages abandonnés, devront se reconvertir à l’agriculture. Ainsi donc, ce peuple, en quelques années, passera du pastoralisme nomade à l’agriculture sédentaire, et les auteurs se proposent d’étudier les répercussions sociales de ce changement fondamental du système technique. On se réjouira de lire les résultats des auteurs quand l’étude, annoncée seulement ici, sera achevée.

Le travail concernant l’Inde est dû à M.-C. Mahias : Architecture et espace social, un exemple d’habitation urbaine en Inde du Nord.

A Delhi, l’auteur décrit, d’une façon systématique, les habitations de quelques familles jaines. La hiérarchisation des espaces de la maison, en relation avec le mode de vie imposé par le climat et par les conceptions religieuses, est très bien décrite, ce qui apporte un intéressant exemple à l’appui de l’idée que les déterminations de structure d’un objet technique (ici, une maison) ne dépendent pas uniquement de facteurs d’utilité ou d’esthétique, mais s’expliquent également par des motifs d’ordre social ou religieux.

Pour le Mexique, on trouve une étude sur Modes d’exploitation de l’agave et organisation sociale, de D. Fournier. La sève des agaves est récoltée pour l’obtention d’une boisson fermentée, le pulque. La fabrication traditionnelle du pulque est fort bien décrite, avec une accumulation de détails, notamment d’ordre linguistique. La répartition des tâches entre hommes et femmes est analysée, et l’auteur termine son travail par quelques considérations sur le remplacement progressif de la consommation de pulque par celle de bière industrielle. La substitution d’un produit artisanal par un produit industriel est un problème qui préoccupe l’historien des techniques : dans le cas présent, l’auteur semble accorder un rôle déterminant à la publicité dans cette substitution, ce qui nous paraît nettement exagéré.



















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