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François de DAINVILLE (1978)
_L’éducation des jésuites (XVIe - XVIIIe siècles)
Coll. Le sens commun
Ed. de Minuit, Paris, 570 p., cartes, graphiques, 4 pl. (noir et blanc).

La discipline historique appliquée aux faits et aux idées en matière d’éducation peut apporter beaucoup à l’historien des sciences. Les novateurs
(scientifiques et techniciens) ont bien dû avoir, pour point de départ de leurs recherches, les connaissances de leur temps, et ce qui s’enseignait dans les
écoles est un reflet de ce que connaissaient savants et ingénieurs. Importance donc de l’histoire de l’éducation pour apprécier ce que furent les progrès
scientifiques : elle permet d’appréhender les connaissances et moyens intellectuels dont disposaient les chercheurs, elle permet aussi, accessoirement, d’évaluer le temps qu’il a fallu, à certaines époques, pour que les connaissances nouvellement acquises s’inscrivent dans les programmes scolaires, et passent
donc dans les bagages de savoir de l’"honnête homme". L’ouvrage que nous présentons est donc d’un intérêt certain pour l’historien des sciences du XVIe au
XVIIIe siècle. Il est même d’un intérêt encore appréciable pour ceux que préoccupent les relations, même contemporaines dans la mesure où le passé éclaire le
présent, entre science, société, idéologie et éducation.

Réunis et présentés par Marie-Madeleine Compère, les textes qui composent ce livre sont des articles du Père François Oudot de Dainville (1909-1971), relatifs à
l’activité enseignante des jésuites en France pendant trois siècles. La valeur et l’intérêt de ces articles montrent que le Père de Dainville, mieux connu par ses
travaux d’histoire de la géographie, fut un véritable pionnier de l’histoire de l’enseignement en France pendant l’époque moderne. Il a su en effet ajouter, aux
sources traditionnelles de l’histoire de l’éducation, l’exploitation minutieuse d’archives de collèges (cahiers d’écoliers, factures aux parents ...), ce qui lui permet de
dresser cartes, tableaux et graphiques particulièrement explicites. Mais ses résultats étaient dispersés dans des revues pas toujours spécialisées en histoire, ce
qui explique une certaine méconnaissance de l’auteur. Dans son introduction, l’éditeur des articles de Dainville explique cette "marginalité" du Père par le fait que,
jésuite et historien des jésuites, il apparaît juge et partie aux yeux de l’Université. Et en effet, certains textes qui nous sont ici présentés ne sont pas dénués d’une
teinte polémique. Relevons par exemple, à la p. 42, pour donner le ton de l’œuvre ici rassemblée, et pour insister encore sur l’importance de l’histoire de
l’éducation dans le cadre des problématiques contemporaines, l’extrait suivant : "L’histoire d’il y a deux ou trois siècles surtout nous ramène aux débats modernes.
Elle invite à une conscience plus nette de la dégradation de l’humanisme quand il n’intéresse plus par lui-même, mais pour ce qu’il rapporte, quand il devient
utilitaire. C’est toute l’histoire actuelle de l’envahissement de l’enseignement secondaire par une clientèle qui ne se soucie au fond que de la valeur marchande de
ses diplômes. Plus importante encore est la persistance qu’elle révèle d’une opposition à la culture littéraire des milieux de production et d’économie (...) Le passé
nous presse de mettre au point l’humanisme que requièrent les transformations du monde d’aujourd’hui".

Divisé en cinq parties, l’ouvrage aurait pu être, par souci de cohérence et de logique interne, plutôt formé de deux parties seulement. D’abord, une partie
s’intéressant à l’évolution des institutions jésuites au point de vue de leur répartition géographique et de l’origine (géographique et sociale) des enseignants et des
enseignés ; ce premier ensemble de textes (8 articles) est appelé "Géographie et sociologie scolaires". La deuxième partie aurait été l’analyse ser encore, et l’on a
successivement : "Humanités classiques" (5 articles), "Enseignement des sciences" (6 articles), "Histoire et géographie" (3 articles). Enfin, la cinquième partie de
l’ouvrage, "L’éducation par le jeu", présentée ici sur le même pied que les autres, est plutôt un appendice. Une articulation plus rigoureuse aurait été utile, mettant
mieux en évidence les axes de recherche du Père de Dainville, mais le défaut est mineur devant l’intérêt même du rassemblement de ces articles.

Avec un foisonnement de données quantitatives, on trouvera de nombreux textes illustrant le mieux qu’il est possible ce qu’étaient les collèges jésuites de la
France moderne. Œuvre donc essentiellement documentaire : plutôt qu’une histoire de l’éducation des jésuites, nous trouvons une collection de renseignements
pour une telle histoire, encore à écrire. Celui qui tentera cette synthèse ne pourra ignorer le travail de Marie-Madeleine Compère.

L’ouvrage est complété par une courte introduction aux sources et à la bibliographie jésuites, une bibliographie des œuvres du Père François de Dainville et un
index fort précieux.
J.C. Baudet



















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